Perché sur les hauts remparts de Lordaeron, les yeux pétillants de joie et de fierté, l'enfant observait le majestueux défilé martial. Un véritable fleuve d'acier serpentait depuis le porche jusqu'aux frondaisons lointaines, inexorable et puissant, tel un flot de lumière sacré. Le scintillement miroitant du métal, les bannières flottant au vent, les cors d'airains et les tambours jouant un hymne guerrier, n'en finissaient d'exalter sa jeune âme rêveuse.
Il avait admiré le prince Arthas sur son grand destrier de bataille, resplendissant dans son armure argentée, saluant la foule comme un héros du temps jadis. Il en avait la carrure et le courage, aussi Camaris l'imaginait il sur le champ de bataille, fauchant les orcs maudits et les rejetant dans les limbes infernales, avatar de justice animé d'un juste courroux. Son père se tenait à ses côtés, mais la fierté qu'il en avait éprouvé avait été éclipsée par les adieux de celui-ci :
- On ne gagne pas la guerre avec une épée, mais avec des mots. Ne l'oublie pas, jeune fou. Je parlerai à Uther, et le persuaderait d'abandonner sa vaine traque de ces monstruosités verdâtres.
Il se demanda si son père était simplement vieux et fatigué, ou s'il avait oublié les histoires des grands héros de la nation, mais se promit de servir le roi du mieux de son épée, en exterminant des ennemis dont le nombre et la bestialité enflaient dans son imagination. Il voyait dans cette opposition avec son géniteur le reflet de celle entre le prince et le roi Terenas, lui aussi devenu au fil des ans posé et prudent.
- l'histoire de notre nation a été inscrite dans le sang, au fil de l'épée, comme tout bon chevalier devrait s'en rappeler
Ajouta t'il a voix basse, comme pour s'en convaincre lui même
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Quelques années plus tard .....
L'adolescent suait abondamment sous sa lourde cotte de mailles, mais il ne se permit ni pause ni apitoiement. Il avait pris sa nomination dans la garde du quartier de la vieille ville comme un honneur, malgré son jeune âge et son inexpérience. Bien que son ascendant lui ait valu railleries et jalousie parmi ses camarades, il affichait un port fier, masquant difficilement la solitude qui l'accablait. Sa mère avait usé de ses nombreuses relations dans la noblesse pour conserver leur statut malgré la mort ignoble de son père en Northrend, aux cotés du félon. Il avait dû user de son autorité et se proclamer héritier du titre à quinze ans à peine, pour déjouer ses plans manipulateurs, évitant mariage arrangé et vie de courtisan ou de diplomate. Ses dernières paroles, lancées avec fiel et emphase, le taraudait depuis :
- la chevalerie est morte avec le fléau. Ne gâche pas ta vie comme un simple troufion.
Il avait répondu calmement, contenant difficilement sa peine :
- Notre royaume n'a jamais eu tant besoin de Lumière qu'en ces temps sombres
Il était parti sans se retourner, la sachant à l'abri de la misère, le coeur meurtri et sans ressources. Il avait voulu devenir paladin, mais dû s'engager dans la garde pour financer équipement et formation.
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Perdu dans ses pensées, les épaules ankylosées, il sursauta en croisant au coin de la rue un jeune homme poursuivi par trois autres plus âgés. Celui-ci ne portait pas les habits d'un citadin, et il encaissa un direct en plein ventre avant de riposter. Les trois malandrins hésitèrent un instant en apercevant le métal de la lance et de l'armure de Camaris, mais repartirent à l'attaque avec un cri rageur.
Il vit l'éclair du métal à l'instant où une main se précipitait vers son visage, et n'esquiva pas le coup, pris de vitesse. La douleur et le sang envahirent son esprit, et il sourit à son adversaire, d'un rictus sombre, alors qu'il le transperçait de sa lance. Il observa avec une fascination morbide qu'il ne se connaissait pas le fer mordre la chair de son ennemi dans un éclat carmin, avant de jaillir dans son dos. Il porta la main à sa dague, et se remémora l'avoir laissée à la caserne au moment où un gourdin le percuta en plein visage, faisant exploser sa raison dans un éclair de douleur et le plongeant dans l'inconscience.
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Mandylion without a face
Deathwish without a prayer
End of hope End of love End of time
The rest is silence